TREMBLANTE

    Pour distinguer un cas d'ESB d'un cas de tremblante chez les petits ruminants, un test de transmission à la souris est nécessaire.

Que deviennent les animaux atteints de 'tremblante' ?
    L'AFSSA émet depuis 2001 à destination du gouvernement, la recommandation d'interdire la consommation des ovins et caprins atteints de 'tremblante'. 'Le comité d'experts considère en effet que ces animaux seraient ceux qui présenteraient le plus de risques pour la santé humaine, dans l'hypothèse où une souche d'encéphalopathie spongiforme bovine circulerait dans le cheptel ovin'. L'AFSSA recommande donc 'd'interdire la consommation de ces animaux'.
    Jusqu'à ces dernières années, ils étaient cependant abattus et livrés à la consommation, à l'exception de certains tissus. Jusqu'en mars 2002, le reste du troupeau n'était pas abattu tant que n'était pas dépassé le seuil de 10% d'animaux atteints.
    Désormais, dans le cadre du renouvellement des troupeaux par des animaux résistants à la tremblante (cf infra), les moutons mâles génétiquement ARR/ARR, réputés résistants à la tremblante, sont conservés. Les brebis génétiquement sensibles (ARQ) et très sensibles (VRQ) sont abattues, éventuellement après un délai allant jusqu'à deux ans. Les cadavres sont dirigés vers l'équarrissage.
    Concernant les caprins, le troupeau est détruit dans sa totalité. C'est ce qui est arrivé fin 2002-début 2003 dans une exploitation de 4.100 chèvres, située dans la Vienne. L'indemnité de 2 millions d'euros serait inférieure au préjudice estimé par l'éleveur.

Vers l'éradication de la tremblante ?
    Par arrêté du 15 mars 2002 (JO 20/03/02) et du 30 août 2002, un programme d'éradication de la tremblante par sélection génétique des moutons est lancé pour un montant de 13,3 millions d'euros. Non pas tant pour la tremblante elle-même, dont on s'accorde à considérer qu'elle ne présenterait pas un risque de santé publique, mais plutôt pour tenter de supprimer les cas de tremblante clinique susceptibles de masquer des cas d'ESB chez les ovins. Aucun programme équivalent n'est entrepris chez les caprins.
    Pour être précis, l'objectif vise 'seulement' à augmenter progressivement dans les élevages la proportion de moutons résistants à l'apparition des signes cliniques de tremblante, sans que l'on sache encore si ces animaux demeurent porteurs et contaminants pour les autres. Dans cette démarche, l'agent de la tremblante n'est pas éliminé des troupeaux et continue à 'circuler'.
    Les mesures adoptées cherchent à constituer pour chaque race un pool de moutons reproducteurs testés génétiquement vis-à-vis de la tremblante. Puis l'amélioration des troupeaux passera par l'obligation d'utiliser les béliers sélectionnés.
    Ce programme s'inscrit dans une démarche européenne mise en place également chez nos voisins, qui adoptent toutefois des procédures différentes. Les Pays-Bas on commencé en 1999, le Royaume-Uni en 2000, la Belgique en 2003.

Comment sélectionner des troupeaux de moutons génétiquement résistants à la tremblante ?
    Les acides aminés des codons 136, 154 et 171 présents sur le gène codant la protéine prion PrP, déterminent la sensibilité des moutons vis-à-vis de la tremblante clinique.
    Les moutons porteurs des caractéristiques ARR et AHQ sur le gène codant la protéine prion, sont les plus résistants à l'expression clinique de la tremblante. Les allèles ARQ (ancestral ?) et ARH déterminent des individus présentant une sensibilité intermédiaire. Les individus VRQ développent aisément la tremblante. Il faut bien entendu considérer les allèles portés par les deux chromosomes et décrire le patrimoine génétique des moutons de la manière suivante: ARR/ARR (très grande résistance), ARR/xxx (très peu sensible), VRQ/VRQ (hautement sensible à la tremblante) etc.
    Le programme de sélection génétique des reproducteurs porte sur la constitution d'un effectif de béliers porteurs des caractéristiques ARR/ARR, à l'horizon 2003-2005 selon les races. Les moutons nés en élevage seront donc ARR/xxx et présenteront une bonne voire une excellente résistance clinique à la tremblante sans qu'il soit nécessaire de connaître le statut génétique des brebis saillies ou inséminées. On encourage cependant les éleveurs à promouvoir les brebis possédant au moins un allèle ARR.
    Lorsqu'un troupeau est atteint de tremblante, le repeuplement s'effectue avec des brebis homozygotes ou hétérozygotes ARR.
    L'amélioration génétique de la résistance naturelle des ovins à la tremblante se fera au rythme du renouvellement des cheptels. Le génotypage a déjà concerné plus de 75.000 animaux (2002), pour un coût individuel de 12 à 25€ + frais annexes (prélèvement etc), montant partiellement pris en charge par les autorités car le prix de revient des tests est parfois plus élevé que la valeur des animaux eux-mêmes...
    La sélection de reproducteurs agréés doit s'effectuer race par race, conserver les qualités de production laitière ou bouchère et préserver la variabilité génétique.
    Les différentes races nationales de moutons ne sont pas égales vis-à-vis de la tremblante: la carte génétique actuelle montre une plus grande sensibilité des races Manech à tête rousse, charmoise, caussenarde du Lot, texel et vendéenne. A l'opposé, la race Lacaune est plus riche en individus ARR, ainsi que le Berrichon du Cher, l'Ile-de-France, le Suffolk et le Rouge de l'Ouest. Pour les races qualifiées de rustiques en terme d'élevage et de production (Massif Central, Alpes, Pyrénées), l'allèle ARQ est fortement représenté, synonyme d'une sensibilité intermédiaire vis-à-vis de la tremblante clinique.

Sélection croisée tremblante/ESB ?
    La sélection entamée chez le mouton vis-à-vis de la tremblante ne vise initialement qu'à diminuer le nombre de cas cliniques afin d'isoler plus facilement les cas d'ESB très vraisemblablement masqués aujourd'hui.
    Il semblerait que cette même sélection s'accompagne également d'une résistance parallèle, mais incomplète, vis-à-vis de l'ESB. Expérimentalement, les moutons ARR/ARR semblent résistants à l'inoculation de l'agent de l'ESB; ces mêmes animaux ne seraient pas non plus porteurs sains de l'ESB.
    En 2002, trois cas de transmission expérimentale par voie intra-cérébrale de l'ESB à des mouton ARR/ARR sont venu tempérer l'enthousiasme général. Un auteur japonais avait déjà rapporté une observation similaire en 1995.

D'autres mesures
    Parallèlement, des tests seront conduits à l'abattoir et à l'équarrissage, mais de manière non systématique. Ils ne présentent d'intérêt que pour identifier les troupeaux atteints de tremblante et ne permettent pas de distinguer la tremblante de l'ESB.
    Dans le même temps, le marquage des animaux doit être amélioré car un ovin qui perd sa boucle d'oreille est immatriculé avec une marque portant un numéro différend. Le recours à une identification électronique est envisagé.
    La traçabilité et l'étiquetage de la viande de mouton et de chèvre seront également améliorés prochainement.

La portée des mesures prises en France ?
    La production ovine française n'assure que 40% de la consommation hexagonale. Le reste est importé, principalement d'autres pays européens où sévit la tremblante (cf tableau)


Pour en savoir plus:
• Bulletin des GTV Groupements Techniques Vétérinaires. Numéro spécial 'tremblante'. 2002 (13). Rens.: Ed NEVA - Europarc - 1, allée des Rochers - 94045 Créteil (France) tél.: 01 41 94 51 51
• Règlement CE n°999/2001 du 22.05.01
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NEWS...
    Israël a détruit trois troupeaux de moutons, soit 1.000 têtes, après l'apparition de cas de tremblante en mars 2002.
    L'OAV (Office Alimentaire et Vétérinaire européen), en mission d'inspection en Grande-Bretagne du 27 au 31 mai 2001, a relevé des contaminations croisées lors de l'enlèvement de la moelle épinière des ovins.
    Les Etats-Unis ont découvert les premiers cas de tremblante en 2000, dans un troupeau constitué de 233 moutons importées des Pays-Bas et de Belgique. L'ensemble du troupeau a été détruit.
    En Belgique, 52 cas de tremblante ont été diagnostiqués entre 1992 et 2003.