L'IMPACT ÉCONOMIQUE

La crise initiale du printemps 1996
    Six mois après l'annonce le 20/03/96 par le gouvernement britannique, de l'éventualité d'un risque pour l'homme de contracter une forme de MCJ en consommant des produits carnés issus de bovins contaminés, les professionnels de la filière viande faisaient déjà leurs comptes. Ainsi, à Rungis, une centaine d'emplois avait été supprimée (sur 700) et 6 entreprises avaient fermé. Le volume des transactions de carcasses bovines observé sur le MIN avait baissé de 10-15%, les abats connaissaient moins 25-30% alors que les filières porc et volailles avaient progressé. Dans le même temps, les importations françaises de viandes avaient fortement diminué (-30%).
    Lorsque les pays limitrophes ont découvert à leur tour les premiers cas d'ESB, les mêmes constats ont été dressés. Espagne: (22/11/2000) : diminution provisoire de 50% de la consommation de viande bovine, effondrement des cours de 25-30%, abattages réduits de 60%, exportations amputées de 80% etc.

Des premières estimations
    La Communauté Européenne évalue le coût de la crise de la vache folle à 5 milliards d'écus de 1996 à 1998, soit l'équivalent d'une "subvention" toutes interventions confondues, de 376F par tête de bovin pendant trois ans [aides directes aux producteurs de bovins + interventions de l'Union Européenne sur les marchés + abattage de 632.000 bovins britanniques >30 mois + destruction des veaux britanniques en F et HOL + abattage précoce des veaux lai

tiers] ! Le tiers a été perçu par les britanniques. En 1998, 523 millions d'euros ont permis d'indemniser l'abattage des bovins britanniques âgés de >30 mois (dont 20% payé par la communauté européenne).
    En 2001, le coût de la crise était évalué pour l'Union Européenne, à 3 milliards d'euros.
    En 2005, l'Union européenne alloue une enveloppe de 98,1 millions d'euros pour lutter contre l'ESB et 33 millions d'euros pour la tremblante sur un budget global de 188 millions d'euros dévolu à l'ensemble des programmes de lutte contre les maladies animales. L'accent est donc mis en Europe sur l'éradication des EST.

La crise bovine s'installe
    La crise de la vache folle s'inscrit dans un contexte économique peu propice à encaisser la désaffection des consommateurs. En effet, 1995 est une année de forte production alors que la consommation de viande bovine baisse régulièrement depuis 1980. La production a encore progressé de 3% en 1996, en partie par l'abattage de femelles (+5%) traduisant un arrêt de capitalisation des éleveurs dans le cheptel allaitant et laitier (baisse des quotas).

Les consommateurs se détournent de la viande bovine
    Au second trimestre 1996, la consommation de viande bovine a baissé en France de 15% (jusqu'à -20% en Europe). On note un report (injustifié) du consommateur des bas morceaux vers les "morceaux nobles". Pour l'année entière, la diminution en France n'est que de 6,9% par rapport à 1995 (boeuf: -8,6%, veau: -2,5%, ovin: -0,6%, porc: -1,0%, cheval: +15,0%, volailles: +4,0%, total: -1,4%) contre -9% à l'échelle de l'Europe. Entre 1995 et 1996, la consommation de viande de porc a progressé en France, mais moins que dans le reste de l'Union Européenne (Royaume-Uni: +5%). L'accroc engendré par la crise de la vache folle s'inscrit dans un contexte de baisse régulière de la consommation de viande bovine depuis 1980, au profit de la viande de volaille (poulet 1996: +12% en F, +5% en GB).
    En France, au 1er janvier 2001, on estime à 125.000 vaches, 20.000 boeufs et 70.000 jeunes bovins le nombre d'animaux se trouvant dans les élevages, faute d'avoir pu être abattus depuis le début de la crise, soit près de 6% de la production nationale. Les mesures communautaires (intervention en régulation des marchés,  retrait-destruction des bovins de plus de 30 mois) ne compensent pas l'excédent de production.
    Pour en savoir plus: Le marketing face aux peurs alimentaires. Revue Française de Marketing. 2001 (3-4), 232 pages. 54 €. Rens: ADETEM. Pôle Universitaire Léonard de Vinci 9291 Paris-La Défense cedex (01 41 16 76 50).

L'élevage bovin va de crise en crise. L'Institut de l'Elevage en a évalué l'impact économique, poste à poste. Le surcoût de production (par kg de carcasse) est indiqué en ne prenant en compte que l'impact direct de chaque nouvelle mesure réglementaire:
Interdiction des anabolisants (1998):
  - veaux de boucherie: + 0,41 €/kg
  - jeunes bovins de boucherie: +0,17 €/kg
  Pour un total de 305 millions d'euros
Suppression de certains antibiotiques activateurs de croissance (virginiamycine, bacitracine etc):
  - veau de boucherie: 0,07 €/kg
  - jeunes bovins de boucherie: 0,04 €/kg
Amélioration du transport des animaux (1995 - réglementation européenne):
  - veau de boucherie: 0,01-0,02 €/kg
Suppression des cases de veaux de boucherie élevés en batterie (directive 20/01/1997):
  - veau de boucherie: 0,04 €/kg
Maîtrise des pollutions d'origine agricole (à/c 01/01/1994):
  - Tous élevages: +0,06 €/kg (défrayé à 63% par l'accompagnement financier des collectivités)
Crise sanitaire depuis 1996 (crise de la 'vache folle'):
  - Abandon des farines et graisses animales: surcoût non significatif
  - Farines animales (collecte, transformation, destruction): + 0,06-0,07 €/kg
                    (100% pris en charge par l'Etat)
Traçabilité améliorée:
  - Toutes productions bovines: 0,03-0,08 €/kg (assumé à 22% par l'Etat)
  - Contraintes aux abattoirs: 0,05-0,06 €/kg
   Pour un total de 213,5 milliards d'euros, directement attribué à la crise de l'ESB
             (farines + traçabilité).
Soit un total de 610 millions d'euros.

De son côté, le Syndicat National de l'Industrie des Viandes (2002) évalue le surcoût lié à l'ESB à 0,75 €/kg .