LA PREMIÈRE OBSERVATION
rapportée d'E.S.B.

    SARRADET, Vétérinaire à Carbonne (Haute-Garonne), décrit dans la Revue Vétérinaire de Toulouse. 1883, 3 : 310-312:
   
'Le sujet sur lequel il m'a été donné de faire cette observation intéressante est un bœuf de race gasconne sous poil gris, âgé de 8 ans.'
      La maladie de ce bœuf commence fin novembre 1881, sous forme d'un prurit féroce de la base de la queue. L'animal se gratte contre tous les objets qui se trouvent à sa portée: à l'étable, contre la stalle ou contre son voisin; au pré, contre les arbres; à l'attelage, contre la charrette ou le timon. Démangeaison si violente qu'elle avait causé une excoriation large et profonde et, par moments, une hémorragie assez abondante de la base de la queue.
    Le 15 décembre au matin,
'le prurit, toujours très vif, semblait avoir réagi sur l'état général du boeuf en question'. Le même jour, 'une paralysie commençait à envahir le train postérieur'.
    Le lendemain, 16 décembre, l'état s'était aggravé: l'animal ne mange plus et ne rumine plus. Il
'peut à peine tenir sur ses jambes'. 'Enfin, vers les trois heures du soir, il tombe pour ne plus se relever'. Il est étendu sur le côté droit; 'l'œil est pirouettant dans l'orbite, la pupille fortement dilatée et la conjonctive très injectée'. 'La respiration est très lente; sans quelques légers mouvements convulsifs des quatre membres et une certaine conservation de la sensibilité générale, l'animal semblerait mort'.
    'Diagnostic. Au début, alors que le prurit existait seul, il était aisé de prendre cette affection pour un simple prurigo. Mais lorsque est survenue la complication de phénomènes cérébraux et surtout la paralysie, un rapprochement s'est fait instinctivement dans mon esprit'
entre la maladie de ce bœuf et la tremblante du mouton. 'J'ai analysé comparativement ces deux affections et j'ai trouvé entre elles des rapports si intimes que je n'hésite pas à affirmer que j'ai eu affaire à la forme prurigineuse de la tremblante.'
    'Dans l'espèce, l'état m'a paru désespéré; aussi, j'ai cru toute médication inutile et j'ai conseillé au propriétaire l'abattage du bœuf qui a été vendu pour la basse boucherie'.

    On pense aujourd'hui que cette observation était celle d'un cas d'ESB Encéphalopathie Spongiforme Bovine dans sa forme sporadique (ou spontanée).