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Lorsque les décisions sont enfin prises par les instances gouvernementales et européennes, il reste à les faire appliquer... Quelquefois, les difficultés proviennent de limites techniques, du simple facteur humain ou de l'organisation mafieuse de certains trafics.
Un constat Le 6 février 2002, le Parlement Européen adopte la résolution suivante, en assemblée plénière: '... critique vivement les carences et le retard observés dans différents Etats membres quant à la mise en oeuvre de la législation communautaire, ainsi que l'absence totalement inacceptable d'application observée dans certains autres'.
Le laxisme 'intéressé' des gouvernements Ne pas chercher les cas d'ESB sur son territoire, c'est déclarer son pays indemne et rafler les marchés laissés libres par les pays atteints... L'Allemagne s'y est essayée jusqu'en décembre 2000, date du premier cas comptabilisé. Jusqu'au dernier jour, les cerveaux de bovins étaient incorporés aux saucisses, pour en améliorer la consistance ! L'Autriche imite ce triste modèle, déclenchant une enquête de la commission européenne, qui dresse un constat sans ambages: effectifs vétérinaires insuffisants, arrangements sur la notion de 'cas suspect', manque de contrôle dans le retrait des matériaux à risque spécifié dans les abattoirs et leur destruction, autorisation prolongée des farines de viandes et d'os pour l'alimentation des volailles et porcs (risque de contamination croisée). En Suède, une mission de l'OAV (Office Alimentaire et Vétérinaire) de la Commission Européenne estimait en février 2001 que 'les déficiences observées dans le programme de surveillance de l'ESB entre 1998 et 2000 indiquent que la probabilité de détecter un ou des cas, si tant est qu'il y en ait eu, était relativement faible'. En Grande-Bretagne, l'OAV en mission d'inspection du 27 au 31 mai 2001, regrette l'absence de séparation appropriée des lignes de production dans les usines d'alimentation animale, rendant encore possible la présence de farine de viande et d'os dans l'alimentation des animaux. Les enquêteurs s'interrogent également sur l'écart important relevé entre les quantités de matériaux à risque spécifié envoyées à l'équarrissage et celles réceptionnées par ces usines... En Belgique, l'OAV a enquêté du 11 au 15 décembre 2000 et dénonce des carences dans le traitement des MRS (traçabilité, contrôles etc).
Les limites techniques Les tests effectués à l'abattoir ne peuvent détecter le prion pathogène que chez les bovins à un stade avancé d'incubation (dans les semaines précédant l'apparition des symptômes cliniques). S'il n'est pas question de remettre en cause l'intérêt de ces tests, lesquels ont permis d'écarter de très nombreuses carcasses de la consommation, comment oublier que d'autres carcasses sont entrées dans la chaîne alimentaire, provenant d'animaux abattus à un stade d'incubation trop précoce pour que les tests disponibles à ce jour ne permettent d'en identifier la dangerosité ?
Le facteur humain Simple inattention ou incompétence à l'abattoir, comment douter que des tissus à risque spécifié destinés à la destruction se trouvent de temps à autres mélangés par inadvertance à des produits destinés à la consommation. Même si l'ouvrier s'en aperçoit, comment être sûr qu'il aura le courage d'interrompre la chaîne, de faire écarter le lot contaminé quand son emploi est remis en question périodiquement. Les personnels travaillant avec l'esprit serein s'aventureraient plus sûrement à avouer spontanément une erreur technique... Malheureusement, la stabilité de l'emploi est un privilège qu'envient nombre de salariés ! A titre d'illustration, les britanniques ont fait part en 2001 de la découverte de traces de moelle épinière sur 27 quartiers de bœufs importés de divers pays de la communautés européenne (Allemagne en tête, Pays-Bas, Espagne, Irlande, Italie, Danemark) alors que ces éléments à risque auraient du être retirés consciencieusement dès l'abattoir. A la suite de ces observations, des abattoirs allemands ont été temporairement fermés en 2001 pour avoir vendu en Grande-Bretagne de la viande bovine contenant des MRS (Matériaux à Risque Spécifié). Mais ces irrégularités se sont renouvelées par la suite (septembre 2002). Dans certains pays européen, la moelle est retirée par les bouchers eux-mêmes... Erreur humaine en 2001 en Suisse, où un prélèvement de cerveau reconnu positif au test ESB s'est avéré ne pas appartenir à la carcasse portant le même numéro et consignée à l'abattoir. C'est une expertise génétique (ADN) qui a permis d'identifier l'erreur, mais non de la réparer: la carcasse contaminée n'a pas été retrouvée et a donc été introduite dans la chaîne alimentaire... En France, l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), dans un rapport remis en juin 2002, complété par un avis du 18 juillet 2002, constate que les opérations de vérification de l'identité des bovins abattus et de leur allotement avant l'abattage ne sont vérifiées que dans 52,7% du tonnage battu, les amygdales de veaux ne sont retirées que pour 71.9% du tonnage abattu, le thymus pour 80.2%, les amygdales de bovins pour 90.8%. En outre, 10% des carcasses examinées présentaient encore des fragments de moelle épinière (de plus de 20cm dans deux cas pour mille). Et de conclure que dans le reste des cas, ces matériaux "n'atteignent probablement pas le consommateur, leur ablation se fait chez le boucher". Et pourtant, leur retrait est bien de la compétence des abattoirs... [La Semaine Vétérinaire. 2002, (1064), 40] Les pratiques mafieuses La Belgique est régulièrement impliquée dans les trafics de marchandises, de toutes natures. Importation à bas prix de viles marchandises, ré-étiquetage permettant "d'européaniser" les produits, course fallacieuse aux subventions de la communauté européenne, exportation des produits 'blanchis' en direction des pays riverains sont désormais classiques. La difficulté à démêler l'écheveau des sociétés écran conduit à une impunité relative. Pour une affaire élucidée, combien n'ont pu être identifiées et instruites ? Et, dans le meilleur des cas, les escrocs sont épinglés alors que les marchandises sont consommées depuis longtemps !
* * * * * * * * Compter sur la conscience individuelle est donc illusoire. Multiplier les bras de la Justice insuffisant. Espérer un 'sans-faute' grâce à la technique est tout aussi illusoire. Reste à prier de ne pas manger à son insu des produits contaminés par erreur ou malveillance.
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