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Le spectre de la grippe espagnole de 1918 La pandémie de grippe humaine de 1918 a provoqué la mort d'environ 20 à 40 millions de personnes et mis à mal l'économie de plusieurs pays au lendemain de la première guerre mondiale. Les recherches récentes (2005) effectuées sur un cadavre de femme retrouvé congelé (permafrost) datant de cette époque a permis de typer le virus responsable: il s'agissait d'un virus de grippe humaine avianisé, c'est à dire incluant du matériel génétique provenant d'un virus influenza aviaire. La proximité génétique des deux virus est suffisamment grande pour juger vraisemblable une nouvelle combinaison à la faveur de l'épidémie aviaire actuelle. Cette hypothèse est d'autant plus crédible que les deux virus sont capables d'affecter aussi bien l'homme que le porc, particularité qui augmente la probabilité de coexister dans un même organisme. Il suffirait que les deux virus affectent simultanément un même individu (homme ou porc) pour que l'hybridation devienne possible. En réalité, la probabilité est suffisamment grande pour qu'on considère l'événement comme certain. Et la seule question que se posent vraiment les spécialistes est plutôt de savoir quand cela se produira. L'OMS estime à 100 millions de morts l'impact du virus grippal humain susceptible d'un croisement avec la souche H5N1 [conférence de la FAO et l'OIE à Ho Chi Minh Ville (Viêtnam) du 23 au 25 février 2005].
Les échanges internationaux favoriseront la dissémination Comme pour l'épisode de SRAS voici quelques années, les déplacements des personnes assureront très rapidement l'expansion géographique certaine du virus d'un continent à l'autre sans qu'aucune restriction aux frontières ne puisse assurer l'étanchéité nécessaire. Tel est le constat unanime des autorités sanitaires.
Les plans de lutte sont prêts Dans l'hypothèse d'un virus grippal hybride de grippe aviaire, le scénario français prévoit 9 à 21 millions de personnes contaminées dans une population de 64 millions d'habitants. C'est ce qui ressort du plan gouvernemental présenté le 13/10/04 par le ministre de la Santé. L'hospitalisation de 455.000 à 1,1 million de personnes poserait d'énormes problèmes logistiques au point d'y renoncer par avance et lui préférer des soins prodigués à domicile. Le décès prévisible de 91.000 à 212.000 malades ne serait pas non plus une mince affaire à gérer; on est bien loin des 15.000 morts survenus lors de la canicule de l'été 2003… La simulation d'un cas ponctuel de grippe aviaire chez l'homme est orchestrée le 15/01/06 dans la région lyonnaise pour évaluer la réactivité des services sanitaires. Un exercice national plus ambitieux annoncé pour le 15/03/06 a été annulé. Au printemps 2006, les para-médicaux exerçant en clientèle libérale ont reçu un premier kit (CD-ROM, 2 masques, affiches etc). Quand aux britanniques, les estimations gouvernementales (20/03/05) évaluent à 25% la population touchée pour 20.000 à 750.000 morts. Les estimations officielles sont également alarmistes aux Etats-Unis. Selon la direction des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies infectieuses, 38 à 89 millions d'américains seraient atteints, parmi lesquels 314.000 à 734.000 seraient hospitalisés et 89.000 à 207.000 décès seraient à déplorer. Le plan de lutte dévoilé en avril 2006 revoit ces chiffres à la hausse: un tiers de la population atteint, 2 millions de morts, des émeutes, l'intervention de l'armée, un absentéisme de 40% des salariés. Le coût est estimé à 675 milliards de dollars et 5% du PIB. Pour en savoir plus: www.pandemicflu.gov
Les vaccins ne seront pas disponibles immédiatement Les vaccins actuellement destinés à protéger contre le virus grippal humain ne seront d'aucune utilité lorsque apparaîtra le nouveau virus croisé avec la grippe aviaire. La fabrication d'un nouveau vaccin ne pourra démarrer qu'à partir de l'isolement du nouveau virus hybridé. Les délais sont incompressibles entre le développement technique, le contrôle d'efficacité, la vérification de l'innocuité et la validation du dossier d'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). La phase de production à grande échelle elle-même demandera plusieurs semaines supplémentaires. Au final, six mois seront nécessaires avant de pouvoir protéger les populations par la vaccination. Dérision supplémentaire, des millions d'œufs seront nécessaires pour la fabrication des vaccins, provenant de souches de poules très particulières dont la reproduction à grande échelle pose également d'innombrables problèmes ! L'INVS (Institut National de Veille Sanitaire) estime dans un rapport remis à la Direction Générale de la Santé en octobre 2004 que si un vaccin était disponible dès le début de la pandémie, son efficacité éviterait "57% des cas, 66% des hospitalisations, 72% des décès" seulement. Le retard prévisible à la vaccination généralisée, estimé à 6 mois, représentera un handicap supplémentaire.
Les antiviraux dépanneront en attendant Les fabricants sont sollicités pour augmenter la production d'antiviraux. Le plus demandé est le TAMIFLU ND élaboré par le laboratoire ROCHE à partir de la badiane (ou anis étoilé). Ce fruit est récolté principalement dans le sud de la Chine où les paysans le monnaient 1€ le kilo au gouvernement, tarif inchangé malgré la demande en forte augmentation. Les gouvernements des pays industrialisés font les yeux doux aux laboratoires et stockent les précieuses gélules dans des hangars fortifiés. Il n'y a guère d'espoir d'en trouver en pharmacie avant longtemps pour éviter que les particuliers ne constituent des stocks dormants qui feraient défaut aux malades. Si les industriels se frottent les mains, ils n'arrivent cependant pas à fournir l'énorme quantité nécessaire. Il leur a fallu partager avant l'heure avec des fabricants de médicaments génériques la fabrication des doses d'antiviraux et rogner sur les marges. Le bilan financier n'est toutefois pas si mauvais…
Comment se prémunir ? En évitant de s'exposer pour commencer: écoles fermées, services minimaux dans les administrations, déplacements réduits des personnes, spectacles annulés seront autant de précautions élémentaires. Constituer des provisions alimentaires suffisantes (aliments non périssables, eau en bouteilles) évitera les sorties inutiles pendant la flambée de la pandémie. Pour les personnes au contact du public: masque filtrant et lunettes antiprojections sont indispensables en complément du port de gants et de vêtements de protection jetables. A la condition de former le personnel à la technique particulière de l'habillage et du déshabillage (cliquer ici). A condition également que les équipements soient disponibles en nombre suffisant au-delà des personnels hospitaliers, de police etc. Quid des caissières, des transporteurs routiers et autres manutentionnaires nécessaires au ravitaillement du pays ?
La gestion des malades Si les premiers malades seront accueillis à l'hôpital et isolés en chambres spéciales pour espérer différer l'extension de l'épidémie, il n'en sera pas de même lorsque la pandémie aura pris de l'ampleur. En raison du grand nombre prévisible de malades, leur hébergement à l'hôpital n'est pas envisageable. Les médecins de ville auront alors pour consigne de maintenir les malades à domicile, si possible en chambre individuelle, confiés à la garde de leur l'entourage. Pour les personnes vivant seules, les voyageurs éloignés de leur domicile ou les familles incapables d'assurer les soins ou toute autre situation de ce genre, il faudra trouver une solution alternative. Pour ceux-là, les hôtels seront réquisitionnés ainsi que toutes les solutions d'hébergement disponibles (pensionnats etc). Tout ce qui porte blouse blanche sera requis pour les visiter quotidiennement, qu'il soit kinésithérapeute, sage-femme, médecin retraité ou étudiant en médecine. Seuls les cas graves seront hospitalisés. Les malades porteront un masque anti-projection (type chirurgical, durée de vie maximale 4 heures) lorsqu'ils recevront des visites et les soignants seront équipés d'un masque plus performant (FFP2) correctement ajusté (complètement déplié, passé sous le menton, pince-nez ajusté, non tripoté jusqu'à son retrait définitif et son élimination, durée de vie maximale 4 heures). Tous les intervenants passeront leur journée à se laver les mains à maintes reprises à l'eau et au savon ou à l'aide d'une solution hydro-alcoolique antiseptique. Mouchoirs jetables, masques usagés et gants seront éliminés soigneusement emballés dans des sacs plastiques afin de préserver les personnes chargées de leur manipulation et de leur élimination.
Sécurité publique Le gouvernement prévoit de rencontrer des difficultés en matière de sécurité publique, du fait des aléas d'approvisionnement alimentaire, de la distribution parcimonieuse des équipements de protection individuelle, de la délivrance contingentée des médicaments etc. Pour tout dire, le scénario envisagé tient de la guerre civile post-cataclysmique...
Enseignement Le gouvernement s'est montré désireux d'un plan de continuité pédagogique pour les écoliers, les collégiens et les lycéens maintenus à domicile pendant la fermeture de leur établissement. L'Education Nationale a donc entamé dès le printemps 2006 l'enregistrement de cours télévisés afin de les diffuser le moment venu par voie hertzienne, sur la chaîne "France 5". La chaîne de radio 'France Culture" relaiera également certains programmes éducatifs. Le recours au réseau internet a été écarté car l'équipement des ménages a été jugé trop hétérogène.
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