IL FAUDRAIT MÂCHER

    Quelle satisfaction de voir le plaisir gourmand que manifestent chiens et chats à l'heure des repas ! Vocalises et sautillements se mêlent en une joyeuse fête.

    Constamment renouvelé, ce cérémonial est l'une des principales activités de nos compagnons. Rien d'étonnant à ce qu'ils se précipitent sur la pâtée à peine servie et l'avalent tout rond ! Rien ne peut freiner cet enthousiasme gourmand irraisonné. Il arrive parfois que le bol alimentaire fraîchement avalé se retrouve soudainement régurgité, puis aussitôt avalé à nouveau.

    Une telle mésaventure ne laisse pas indifférent, surtout lorsqu'un tapis en fait les frais. Presque surpris par l'inquiétude de ses maîtres, votre compagnon n'en paraît pourtant guère affecté !

    En réalité, ce comportement alimentaire dérive de celui observé dans la nature. Les carnivores sauvages, devant l'aubaine que représente un bon repas, se dépêchent de prélever leur part. Ne sachant si l'occasion se représentera de sitôt et avant que d'autres congénères et rivaux ne se manifestent, ils préfèrent se servir largement et rapidement.

    Dans cette hâte fébrile, chaque bouchée est avalée sans mâcher afin de ne pas perdre de temps. Puis, à l'écart des autres, ceux qui ont eu les yeux plus gros que le ventre, régurgitent le contenu de leur estomac pour l'avaler plus posément.

    Ce comportement est utile pour sevrer les portées. C'est le moyen pour les parents de rapporter de la nourriture trouvée à distance. Ils la régurgitent au profit des petits, comme le feraient des parents oiseaux revenus au nid.

    Chiens et chats, domestiqués depuis longtemps, ne sont plus soumis à une compétition telle qu'ils aient à se précipiter vers la nourriture pour des raisons de survie. Assurés d'une nourriture régulière et en quantité suffisante, ils continuent néanmoins à se jeter goulûment sur la pâtée. A défaut de raisonner chiens et chats, les maîtres doivent se montrer raisonnables à leur place. Fractionner les repas et les limiter à des quantités pertinentes permet d'éviter la surconsommation et l'obésité qui en découleraient.

    Cela permet aussi de diminuer les régurgitations physiologiques, à distance de la gamelle et d'éviter ainsi les nettoyages fastidieux.

    Donner une nourriture de consistance adaptée permet aussi de faciliter le travail de l'estomac. Les industriels se sont orientés vers des boulettes de viande reconstituée, élégamment appelées 'bouchées', et vers les pâtées dans lesquelles les gélifiants permettent une coupe en tranches. Quant aux croquettes, elles retrouvent dans l'estomac la consistance propre à assurer une digestion satisfaisante.

    Dans les préparations ménagères, il faut couper la viande en bouchées, sans tendons et sans os, puis ajouter légumes et céréales en quantité suffisante. 

    Si nombreux sont ceux les animaux qui pourraient s'accommoder alors d'un seul repas, il est quand même plus sûr pour qu'ils ne régurgitent pas, de fractionner en deux distributions quotidiennes. Pour certains, particulièrement voraces, répartir chaque repas en deux portions séparées de dix à quinze minutes pallie à une impatience excessive.

    Pour ceux-la, on veillera tout particulièrement à distribuer la pâtée ni trop chaude, ni trop froide. Car, emportés par leur élan, ils ne s'apercevraient de leur méprise que trop tard. De graves brûlures par le chaud ou le froid ou des désordres digestifs pourraient survenir en cas d'inattention des maîtres.

    Plus gourmands que gourmets, chiens et chats nécessitent que leurs maîtres se montrent raisonnables à leur place.

    Et c'est bien là le rôle des maîtres...