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Si l'homme a domestiqué le chien et le chat il y a plusieurs millénaires, leur offrant abri, nourriture et protection vis-à-vis des autres animaux, l'évolution récente de notre mode de vie a grandement renforcé ce rapprochement. Les propriétaires de chat ou de chien considèrent aujourd'hui leur compagnon comme un membre de la famille à part entière. Ils lui accordent volontiers une place privilégiée dans la hiérarchie familiale, lui réservent un espace vital de choix spécialement aménagé (sa panière ou son fauteuil), lui attribuent des facultés de compréhension développées, voire une intelligence certaine.
C'est probablement ce transfert affectif croissant qui explique le succès commercial des gâteries pour chiens et chats : balles en caoutchouc, souris en peluche, os à mâcher en peau traitée et friandises diverses.
Face à ces rayonnages fournis, il appartient aux 'parents' de chien ou de chat d'agir avec le même discernement que les parents d'enfants propulsés au milieu d'un magasin de jouets ou une confiserie : le simple bon sens permet d'éviter les dépenses exagérées et les excès nuisibles à la santé.
Il nous arrive parfois de recommander l'achat d'un objet en peau traitée (os à mâcher en 'peau de buffle') afin que l'animal puisse 'faire ses dents', s'occuper lors de l'absence de ses maîtres et arrêter ainsi de ronger les pieds des chaises ou le bas des portes. D'eux-mêmes, les maîtres complètent par un ou plusieurs jouets en matière plastique. Dans la mesure où ces objets sont conformes aux impératifs de sécurité et ne risquent pas, en particulier, d'être avalés entiers ou en morceaux, nous n'avons pas de raison particulière de nous opposer à cet achat spontané.
Concernant les friandises proprement dites (biscuits, beignets, confiseries chocolatées etc), rares sont les clients qui osent s'en vanter auprès de leur Vétérinaire. Cette attitude est regrettable car cela permettrait d'engager une discussion concernant l'équilibre général de la pâtée du chien ou du chat, d'évoquer l'embonpoint que présente éventuellement l'animal et de le diminuer, si nécessaire.
Toutefois, à sa grande surprise, le propriétaire pourra parfois entendre le Vétérinaire donner son accord pour une distribution raisonnable de ces friandises. Toute la difficulté consiste à apprécier ce qui est raisonnable de ce qui ne l'est pas et à jauger le risque de dérive qui peut conduire à distribuer beaucoup plus que la quantité autorisée initialement.
Il est bien évident que le risque lié à la distribution exagérée de ces friandises est l'apparition d'un embonpoint modéré, voire d'une obésité manifeste. Indépendamment de l'aspect disgracieux, l'obésité est étroitement corrélée avec le développement du diabète (10% des chiens obèses), de divers troubles cardiaques, de pathologies respiratoires, d'arthrose et, d'une manière générale, s'accompagne d'une moindre résistance de l'animal. Inéluctablement, l'espérance de vie de ces animaux est notablement réduite.
Comment expliquer au maître de ce teckel, qui se plaint que son compagnon a pris une livre ces derniers mois, que les deux sucres quotidiens sont bien les responsables de cet état et que risquent d'apparaître d'autres complications ? L'aspect rebondi est, pour beaucoup, synonyme de bonne santé, de jovialité et de réussite. Voilà qui explique que 31% des propriétaires de chiens nettement obèses considèrent que le poids de leur compagnon est totalement satisfaisant !
Comment aborder l'obésité du chien ou du chat quand le propriétaire lui-même est corpulent ? Au-delà du sens clinique indispensable à notre activité, il nous faut bien souvent agir avec énormément de tact. Il faut admettre que le maître a envie de partager avec son compagnon et savoir que ce dernier est véritablement conditionné par ces distributions répétées de friandises. Il a parfaitement compris les mimiques susceptibles d'attendrir son maître et ne se prive pas de les mettre en œuvre, autant par jeu que par envie. Comment résister à un animal qui vous fixe d'un air 'malheureux', vous tend la patte ou pose sa tête sur votre genou ? La distribution de friandises devient vite un réflexe et la gourmandise partagée du maître et de son animal conduit rapidement à un certain mimétisme de silhouette.
Avec la participation du maître, sensible à nos arguments, il est tout à fait possible de déconditionner l'animal dressé à devenir gourmand. Choisir une friandise moins riche, diminuer la quantité distribuée, compléter par une simple caresse permettent de conserver les mêmes relations avec l'animal, tout en prenant conscience des excès antérieurs.
Tout naturellement, ce qui était grignotage immodéré de friandises peut devenir distribution justifiée de récompenses à la suite d'une longue promenade, d'un jeu de balle lancée puis rapportée, etc. Vous vous apercevrez que la caresse est tout aussi gratifiante qu'une quelconque gourmandise et que les manifestations de contentement (mouvements de queue, ronronnement), sont au moins aussi démonstratifs dans un cas que dans l'autre. Et pourtant, il s'agit à chaque fois d'une récompense, à la différence que l'une est sans danger, même à forte dose, alors que l'autre peut présenter de sérieux risques pour la santé de votre compagnon si elle est distribuée sans discernement.
Il n'est cependant pas question de vouloir supprimer toutes les friandises, car elles constituent l'une des composantes essentielles des relations qui s'établissent entre l'homme et l'animal. Toutefois, elles ne doivent pas représenter le pivot central de cette relation, au point de devenir indispensables. Si la distribution des friandises est devenue un réflexe systématique, c'est au mépris de la santé de son compagnon, bien souvent pour sa propre satisfaction personnelle. La notion de récompense est alors complètement faussée. Pour revenir à une relation plus saine et plus conforme à la santé de son compagnon, il faudra impérativement retrouver le juste équilibre.
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