Chiens et chats n'aimeraient-ils plus les os à moëlle et les croûtes de fromage ou ces friandises, devenues trop classiques, seraient-elle passées de mode ? On pourrait le croire tant les rayonnages des magasins débordent de gâteries spécialement concoctées pour les chiens et les chats.
Les premiers biscuits commercialisés pour les chiens datent de 1885, en Grande-Bretagne. Les chiens français ont du attendre 1921 pour bénéficier des mêmes attentions. A cette époque, le marché était marginal, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ce nouveau créneau connaît un tel succès que s'y engouffrent de nombreuses sociétés . Certaines sont des fabricants d'aliments pour animaux, d'autres des industriels du biscuit de consommation humaine ou des ateliers de salaison qui trouvent un second souffle dans cette diversification. Confidentiel au début, ce marché représente aujourd'hui un débouché très important, promis à un réel développement. A titre d'exemple, le chiffre d'affaire de ce secteur était de 82 millions de francs en 1991, contre 58 en 1989.
Des os à mâcher aux biscuits pour chiens, en passant par le petits poissons séchés pour chats, le marché très florissant des friandises pour animaux est un habile compromis d'intérêts très différents. Véritable tour de force commercial, les fabricants réussissent à concilier simultanément l'affectif et la psychologie du maître, les papilles et le comportement gourmand de l'animal. Autant de préoccupations très éloignées qui trouvent ici un terrain d'entente à la fois ludique et lucratif, à défaut d'être diététique.
Pour tous ces produits, l'accent est mis sur le rôle récréatif des friandises, à la fois pour le maître et son compagnon. L'effort de présentation et le discours commercial tablent sur la complicité qui unit l'animal à son maître dans cet acte de gourmandise : les chiens et les chats ont désormais leurs propres gâteries et sucreries à grignoter entre les repas. Les friandises sont déclinées à foison, aussi bien par leur forme que par leur arôme, davantage pour satisfaire le goût du maître que celui du chien ou du chat : bâtonnets à mordiller, os reconstitué, snacks bicolores genre 'os à moëlle', bonbons ou pastilles, croissants, brioches, baguettes, chips ou petits poissons…
Multiplier ces présentations par autant d'arômes est un jeu d'enfant : chocolat, levure, foie, fromage, bœuf, poulet et chlorophylle rendent le choix bien difficile et poussent à tout essayer, pour le plus grand plaisir de l'animal et… du vendeur !
Quand et comment faut-il distribuer ces gâteries ? Sont-elles utiles ou font-elles grossi ? Questions légitimes que le maître doit se poser, confronté à l'importance du rayonnage ou à son compagnon quadrupède qui quémande déjà une autre friandise, après avoir englouti la première. Pour les objets à mâchonner fabriqués à partir de peau traitée, la réponse est simple : quelle que soit leur forme, il s'agit avant tout de jouets au pouvoir nutritif négligeable. Ils présentent les mêmes vertus que les gros os à ronger que le boucher vous donnerait bien volontiers. Chiens et chats s'y feraient les dents et les gencives.
Par contre, les friandises alimentaires, destinées à être mangées, imposent une certaine réserve. Biscuits, beignets, fritures de poissons, bonbons aromatisés constituent un apport calorique certain qui vient en complément de la nourriture proprement dite. Quand ces extra restent raisonnables et exceptionnels, ils ne prêtent évidemment pas à conséquence. A l'inverse, distribuées sans discernement, ces gâteries auraient tôt fait de transformer votre compagnon en quémandeur permanent. L'obésité n'est pas loin, avec son cortège de troubles associés, pour avoir voulu faire plaisir à son chien ou son chat et flatter ses papilles.
Où situer le seuil à ne pas dépasser ? En-dehors des cas d'obésité, on peut recommander une friandise par semaine, associée à une caresse et un mot gentil qui, croyez-le bien, apporteront la même satisfaction à votre animal. Aucun risque de surdosage pour ces deux dernières récompenses que vous pouvez administrer plus largement encore !
La friandise, distribuée à bon escient, retrouvera alors sa vocation gratifiante initiale. Attribuée en guise de récompense, après un jeu ou un acte particulier, elle correspond pour le maître et son compagnon à des instants privilégiés. Banaliser la distribution des gâteries dévalorise cette relation forte, faite de complicité et d'affection.
Plutôt que le terme 'friandise', trop étroitement associé à la gourmandise et l'excès pondéral, nous préférons le mot 'récompense', lié à un effort ou un comportement méritoire qui justifie un remerciement ou un encouragement à la fois gestuel, vocal et alimentaire.
Aussi amusante que soit la forme -petit cœur, poisson stylisé, os reconstitué, simple morceau de fromage- la friandise participe à la bonne relation entre le maître et son compagnon. Utilisée avec modération, elle collabore à l'investissement affectif réciproque, à condition d'éviter la dérive d'un investissement financier démesuré et inutile.
Face aux sirènes vantant les mérites de telle ou telle friandise, supposée allégée ou sensée fortifier les dents ou les os, l'acheteur doit faire place au maître, responsable de la santé de son compagnon. Bel emballage et saveurs subtiles ne sont pas synonymes d'équilibre et diététique. Attentif au bien-être de votre chien et de votre chat , soyez vigilant à ce que vous lui donnez à manger : il vous en sera reconnaissant.