L'ALIMENT du 3ème ÂGE

    Depuis quelques décennies, la durée de vie moyenne des chiens et des chats a augmenté. Cette progression s'effectue parallèlement à la nôtre, grâce aux progrès de la médecine et l'affection grandissante des maîtres. La gériatrie est aujourd'hui une activité à part entière en médecine vétérinaire. S'il n'est bien entendu pas question de redonner une nouvelle jeunesse à un organisme fatigué par les années, rendre cette vieillesse agréable demeure notre objectif. L'organisme âgé connaît un ralentissement de nombreux processus biologiques, en particulier de la fonction rénale. Quelques recommandations simples permettent d'éviter que ces altérations ne s'amplifient précocement. Ces règles de vie, adaptées aux chiens et aux chats âgés, n'entravent en rien leur plaisir de vivre, pour votre bonheur mutuel chaque jour renouvelé.

    Le vieillissement n'est pas synonyme de mauvaise santé. Il s'agit, ni plus ni moins, d'un processus qui s'apparente à un compte à rebours déclenché à la naissance. Ce mécanisme biologique irréversible se caractérise par une perte constante de cellules ou une diminution de leur efficacité. S'installant progressivement, les modifications conduisent à long terme à l'amoindrissement global des capacités de l'animal. Plus facilement perceptibles à un âge avancé, ces phénomènes sont pourtant présents dès le milieu de vie.

    Les signes les plus évidents qui attirent l'attention des maîtres sont les poils grisonnants qui parsèment le museau, la raréfaction du pelage à certains endroits, les ongles qui deviennent longs et cassants. Les maîtres les plus attentifs reconnaîtront aussi une tendance à la constipation, une fonte musculaire quelquefois importante, une démarche raide signant l'arthrose. Le tonus général se trouve affecté et le jeu intéresse moins votre compagnon.

    Toutes ces modifications peuvent sembler sans importance. Mais elles ne représentent que la partie apparente du vieillissement. En réalité, c'est tout l'organisme qui est concerné. Le vieillissement provoque et entretient la perte des réserves des organes, ainsi que leur pouvoir de régénération et d'adaptation. La sénescence se développe plus rapidement dans certains tissus : parois artérielles, cartilages articulaires, cristallin.

    S'il n'est pas question de considérer le vieillissement comme une maladie, la situation mérite néanmoins notre attention. L'ensemble de l'organisme subit une involution des processus vitaux, d'importantes modifications métaboliques sont altérées. L'organisme vieillissant devient un terrain favorable au développement d'affections : cardiaques, respiratoires, rénales, musculaires…

    En collaboration avec les maîtres, il nous appartient à l'occasion des visites vaccinales par exemple, de recenser et d'éliminer les facteurs aggravants. Ceux-ci seraient en effet susceptibles de faire basculer les processus normaux du vieillissement vers des situations plus pathologiques.

    Apparemment anodins, les signes qui nous permettent d'évaluer le vieillissement sont nombreux. Pratiquement tous les organes sont concernés, à un degré variable :
• le transit intestinal tend à se ralentir, du fait d'une moins grande tonicité des muscles intestinaux. Conséquence : une constipation opiniâtre. Paradoxalement, elle est parfois entrecoupée d'épisodes de diarrhées secondaires liés à la fermentation des selles émises avec retard.
• l'arthrose et le manque de vivacité cérébrale conduisent l'animal âgé à un exercice plus mesuré. L'embonpoint le guette, qui gênera à son tour la mobilité et les jeux.
• l'embonpoint fréquemment rencontré augmente la gène causée par l'arthrose et les ostéophytoses.
• les fonctions hépatiques diminuent également, comme les sécrétions biliaires et intestinales.
• la digestion de certains nutriments est réduite (calcium).
• les capacités immunitaires de l'organisme sont affectées. Le calendrier vaccinal mérite une attention scrupuleuse.
• la peau est moins élastique, s'épaissit par hyperkératose. Le poil devient terne et blanc. Les coussinets plantaires se fendillent.
• les fonctions cérébrales déclinent et, avec elles, les facultés d'apprentissage. La coordination motrice est souvent affectée.

    Quelques recommandations simples permettent de retarder ou d'atténuer la plupart de ces désordres. Ainsi les chiens arthrosiques doivent conserver un certain exercice physique quotidien. Ces promenades ralentiront la prise de poids du chien sédentaire et amélioreront grandement son transit digestif.

    Evitez aussi les courants d'air (bas des portes) et les refroidissements par le sol (carrelage). S'asseoir à l'endroit privilégié de votre animal pour vérifier son confort évitera certainement des refroidissements inutiles.

    De même, évitez de changer ses habitudes sans raison : horaires des pâtées, intrusion de nouveaux compagnons, meubles déplacés peuvent s'avérer une épreuve pour votre compagnon.

    Le transit sera grandement amélioré par l'ajout de fibres alimentaires à la pâtée quotidienne. L'ajout de fibres, associé à la réduction des graisses, permet également de diminuer la concentration énergétique de la nourriture et d'atténuer ou d'éviter la prise de poids. Cette réduction énergétique (- 20%) permet également de retarder la sénescence métabolique.

    Au-delà de la diminution des matières grasses, le choix des ingrédients gras est également primordial. Certaines sources sont à privilégier, car elles contiennent des variétés d'acides gras à chaînes courtes et moyennes (C8 et C10), qui réduisent les dépôts de tissus adipeux et améliorent les processus de thermorégulation. D'autres matières grasses apportent des acides gras poly insaturés favorables à la protection des membranes des cellules.

    Côté protéines, le critère essentiel est la très grande qualité des ingrédients choisis et la valeur biologique du mélange final. Du respect de ces impératifs, dépend la sauvegarde de la fonction rénale.

    Le contrôle du phosphore et du sodium est aussi primordial pour éviter d'exacerber la fatigue rénale et éviter l'hypertension artérielle.

    L'alimentation a donc un impact considérable sur le vieillissement. Le choix raisonné des ingrédients influe vraiment sur la longévité et atténue ou ralenti les modifications physiologiques liées à la sénescence. Le respect de ces recommandations à compter de 7 ans (voire 5 ans pour les grands chiens) peut paraître très précoce. Mais c'est à cette condition que pourra se dérouler normalement la vieillesse de votre compagnon. Dans le cas contraire, c'est s'exposer à une vieillesse raccourcie qui débouchera, de manière anticipée, sur une pathologie indésirable.