J'AI UN CHIEN SPORTIF

    Après quelques semaines de vacances passées au grand air avec votre fidèle compagnon, vous avez tous deux pris goût pour les grandes promenades, les courses folles ou le footing vivifiant. Avec votre chien, vous vous être promis de continuer ce exercice à votre retour. Votre tempérament sportif vous inciterait même à organiser vos loisirs autour de cette nouvelle passion. Avec votre chien, vous envisagez peut-être de participer à des épreuves sportives organisées (cross pour maîtres et chiens, agility ou fields trials) ou, plus simplement, d'accompagner des amis chasseurs, si vous ne chassez pas vous-même. Armé de ces bonnes intentions, avec votre compagnon, vous comptez améliorer votre entraînement progressivement. Vous souhaitez adopter les règles de vie propres au sportif, ainsi qu'une alimentation adaptée à l'effort. Toutes ces conditions réunies, les pistes vous sont ouvertes, pour votre plus grand plaisir et celui de votre compagnon.

MON CHIEN FAIT DE L'EXERCICE : COMMENT LE NOURRIR ?
    Voyons tout d'abord l'exercice physique auquel est soumis votre chien. C'est en fonction de l'importance de cet exercice que nous ajusterons éventuellement sa pâtée.

    Si votre fidèle compagnon se contente d'une sortie hygiénique bi-quotidienne agrémentée d'une longue promenade dominicale, nul besoin d'ajuster quoi que ce soit : la nourriture classique recommandée par votre Vétérinaire suffit amplement. Ces promenades ne constituent pas une dépense excessive, pour un chien adulte bien portant. Quand bien même le maître a-t-il les joues roses de retour à la maison, son compagnon à quatre pattes est tout à fait capable de repartir pour une nouvelle promenade, si l'occasion se présente. Enrichir ou augmenter la pâtée de votre chien, soumis à un exercice tout à fait raisonnable, serait inutile et nuisible. Cela pourrait conduire à une prise de poids disgracieuse ou à d'éventuels ennuis rénaux.

    Par contre, certains chiens sont effectivement soumis à un exercice physique important et régulier. Ils méritent une attention toute particulière de la part des maîtres. Pour ces animaux, il est nécessaire de raisonner comme le ferait un sportif de haut niveau, tant en ce qui concerne l'entraînement que la nourriture : un athlète de saut ne conduit pas sa saison sportive comme le ferait un footballeur ou un haltérophile. Ces athlètes n'ont pas, non plus, la même morphologie et leur alimentation est également différente.

L'APTITUDE PHYSIQUE NATURELLE
    Reprenons la comparaison précédente et demandons à un haltérophile de se mesurer à un athlète de saut en hauteur. Il est vraisemblable qu'il s'élèvera moins haut que l'athlète dont le saut est la spécialité. La morphologie même de l'athlète haltérophile constitue déjà un handicap dans les épreuves de saut, sans même qu'il soit question de l'entraînement particulier auquel l'athlète s'est soumis par ailleurs.

    Incontestablement, chacun des athlètes a de très bonnes aptitudes sportives. Elles sont simplement différentes, favorables à un type d'effort plutôt qu'à un autre. L'un et l'autre de ces deux athlètes présentent spontanément une prédisposition physique permettant de bonnes performances dans le sport qu'ils ont choisi.

    Dans l'espèce canine, il en va exactement de même. Il serait illusoire de faire courir des lévriers plusieurs semaines dans la neige et le grand froid canadien. La plus prestigieuse des courses de traîneau, l'Iditarod, ne leur est tout simplement pas destinée. Seuls les chiens de race Siberian Husky, Alaskan Malamute et apparentés ont des chances de concourir dans de bonnes conditions dans de telles épreuves.

    Les chiens de traîneau sont robustes, endurants, résistants, leur métabolisme est adapté au grand froid, leur toison est fournie et leur musculature puissante. Au-delà de ces aptitudes physiques naturelles, leur tempérament semble avoir également bénéficié d'une longue sélection : ils ne pensent qu'à tirer dès qu'on les attache et la vie en meute leur convient parfaitement. Ainsi, les chiens de traîneau bénéficient-ils, dans le cadre des courses organisées aujourd'hui, de la sélection opérée progressivement par les Indiens et les trappeurs depuis longtemps, dans un but plus utilitaire.

    Considérons maintenant la morphologie du lévrier : fin, élancé, relativement léger pour une musculature puissante : c'est le type même du sprinter. En effet, chez le Greyhound, la masse musculaire représente 57% du poids du corps, contre environ 40% chez les autres races. Les lévriers ont des démarrages fulgurants, l'amplitude de leurs enjambées permet des vitesses époustouflantes, sur des distances plutôt courtes. Utilisés initialement pour la chasse (interdite en France depuis 1844), plusieurs gabarits ont été sélectionnés selon le gibier , la nature du terrain et le climat. Ainsi, les lévriers vont aujourd'hui du plus petit au plus grand, du poil ras au poil long, du Whippet à l'Irish Wolfhound. Les caractéristiques physiques naturelles des lévriers les rendent aptes à des courses intenses et brèves, comparables à des sprints. Pour reprendre l'exemple précédent, des chiens battis différemment ne pourraient guère défendre leurs chances dans un cynodrome, même après un entraînement poussé, face à des lévriers entraînés à ces épreuves.

    Au chapitre des aptitudes physiques qui conduisent naturellement à utiliser telle race plutôt qu'une autre, citons le cas des chiens de chasse. La grande variété des gibiers, des terrains et des climats a conduit à une certaine spécialisation. Il est traditionnel de voir les Labradors chasser les gibiers d'eau, alors que les Pointers évoluent le plus souvent en plaine. Il ne s'agit là que de tendances. Elles sont susceptibles d'être révisées selon le goût du chien ou de son maître pour un terrain ou un gibier particulier. Plusieurs caractéristiques physiques communes réunissent ces différentes races de chiens de chasse. Ils ont en commun de posséder des aplombs solidement campés leur permettant d'évoluer sans entorses ni foulures dans des terrains variés et irréguliers. Leur conformation générale, leur masse musculaire, éventuellement augmentée par l'exercice, leur faculté de récupération, leur intérêt prononcé pour le gibier, considéré comme le but de la course, font de ces animaux des athlètes dont l'activité est à rapprocher du demi-fond.

    Au gré de ces exemples, nous avons donc identifié trois grandes catégories de sportifs : les chiens naturellement tournés vers le sprint (Lévriers), d'autres prédisposés au demi-fond (chiens de chasse) et, enfin, quelques races avantagées dans les épreuves d'endurance (chiens de traîneau). Au-delà de cette classification sommaire qui laisserait penser que tous les chiens de traîneau pourraient courir l'Iditarod, il faut admettre que tous les chiens d'une même race ne présentent pas exactement mêmes dispositions. Ainsi, par manque d'intérêt, par faiblesse de constitution des articulations, par manque d'amplitude respiratoire ou pour toute autre raison, un chien peut se révéler incapable des mêmes performances que celles des autres chiens de la même portée. Les aptitudes générales de la race ne sont donc qu'une moyenne des aptitudes individuelles de chaque animal.

L'ENTRAINEMENT
    Cette aptitude individuelle naturelle à fournir un effort précis peut sembler suffisante à la plupart des maîtres. C'est effectivement le cas pour la majorité des chiens de chasse qui mènent la vie paisible de chien de compagnie la plus grande partie de l'année. Leur activité sportive se limite alors strictement à la saison de chasse, qu'ils abordent sans aucune préparation particulière. Si cette manière de procéder paraît suffire le plus souvent, elle occasionne cependant bon nombre de claquages musculaires et d'entorses grandement sous-évaluées. La claudication observée au retour de la chasse est trop souvent mise sur le compte de la fatigue. La semaine suivante, les facultés de récupération du chien laissent penser que tout est rentré dans l'ordre alors qu'il n'en est rien. A terme, se développe prématurément de l'arthrose et les chiens paraissent vieillis avant l'âge. De tels inconvénients pourraient certainement être évités par un entraînement adapté.

    Cet entraînement doit être progressif, régulier et mené en vue d'un objectif bien précis. Après plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le chien soumis à un exercice approprié aura pu développer les masses musculaires adaptées à l'épreuve prévue. Les masses musculaires doivent permettre l'effort lui-même. Elles assurent aussi la bonne tenue des membres et complètent les ligaments et autres gaines constituant les articulations.

    Selon le type d'exercice, sa durée, sa répétitivité, son intensité, les muscles seront entraînés à se mettre en route rapidement ou pas, de manière durable ou non. C'est ce qui conditionne la bonne préparation aux épreuves de sprint (lévriers) ou d'endurance (fond et demi-fond).

    Bien mené, l'entraînement permet de révéler et d'optimiser légèrement les aptitudes naturelles du chien. L'entraînement ne peut, en aucun cas, se substituer aux dispositions naturelles de l'animal. L'entraînement est donc utile, nécessaire, voire indispensable, mais il n'est certainement pas suffisant pour expliquer les performances obtenues.

L'ALIMENTATION
    Quand on voit les sportifs porter autant d'attention à leur alimentation, il est raisonnable de penser que les performances des chiens sont également conditionnées par la nourriture.

    Comme nous l'avons fait précédemment, prenons l'exemple d'un sport bien connu de tous, celui des courses automobiles. Si les performances obtenues par les voitures de course sont impressionnantes, cela n'est possible qu'avec une consommation de carburant très élevée. Un animal soumis à un effort physique important consommera, lui aussi, davantage. La quantité de nourriture doit être augmentée pour tenir compte de l'effort fourni.

    Considérons maintenant la qualité du carburant dont on rempli le réservoir des voitures de course. Il ne s'agit en aucun cas d'essence ordinaire, ni même de super tel qu'on en trouve en station-service. Il s'agit, en quelque sorte, d'un 'super-super'. Faire concourir un chien en augmentant simplement les quantités d'une alimentation standard ne donnerait pas de bons résultats. Il faut avoir recours, comme pour les voitures, à une 'super-nourriture'.

    Par souci d'économie, les écuries de voitures de course pourraient être tentées de réduire la quantité ou de baisser la qualité du carburant pendant les tours de chauffe ou les séances d'entraînement et de réglage. Vous imaginez bien qu'un tel raisonnement ne donnerait pas de bons résultats. Il en va de même pour les chiens pendant la saison sportive. L'effort fourni en entraînement est aussi important que celui fourni le jour même de la course. Il faut donc porter la même attention au bon équilibre alimentaire pendant toute la saison sportive, incluant à la fois l'entraînement et les épreuves elles-mêmes.

    En première approximation, le chien soumis à un effort musculaire intense brûle entre deux et trois fois plus d'énergie que s'il restait couché au coin du feu. L'estomac du chien serait bien incapable de digérer trois fois plus de nourriture sans inconvénient majeur. Il convient donc de confectionner une pâtée plus concentrée dans un volume raisonnable. Les ingrédients susceptibles d'apporter l'énergie nécessaire sont les protéines, les lipides et les glucides, constituants habituels des aliments.

    Le meilleur rapport poids, volume, richesse en énergie et facilité de digestion est sans conteste obtenu par les lipides. La nourriture du chien sportif sera donc plus grasse que celle d'un chien inactif. Au-delà des quantités, le choix des ingrédients est également primordial. Ainsi, le lard, le suif et la graisse de volaille permettent de satisfaire les exigences en acides gras longs saturés. L'huile de coco, de coprah ou de palmiste apportera les acides gras courts et moyens nécessaires. Les huiles de tournesol, de soja et de maïs sont riches en acide gras essentiels de la série n-6 alors que les huiles de poissons purifiées fourniront les acides gras essentiels de la série n-3 indispensables au bon fonctionnement musculaire. L'adjonction de vitamine E et de sélénium est également indispensable pour accompagner les ingrédients gras. Chez les chiens de traîneau actifs, l'apport énergétique des matières grasses représente jusqu'à 70 à 90% de l'approvisionnement des muscles en énergie.

    Les protéines, aussi, seront augmentées… mais dans une moindre proportion. On s'attachera essentiellement à leur très bonne qualité (viande, abats rouges, poissons, levure de bière, produits laitiers et œufs).

    Quant aux glucides, considérés comme source d'énergie médiocre, ils sont également très mal digérés par le chien. Ils présentent aussi l'inconvénient majeur d'accélérer la fatigabilité musculaire, par formation anticipée d'acide lactique.

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    Les chiens sont donc capables de réelles performances physiques, qu'il s'agisse de courses organisées, de conditions de travail éprouvantes (pistage, avalanche, décombre) ou de parties de chasse. Au-delà des possibilités physiques propres à l'athlète, nous avons vu qu'un entraînement judicieux permet de révéler pleinement les capacités du chien. Pour que cet entraînement soit satisfaisant, le savoir-faire du maître est indispensable, mais également une nourriture parfaitement adaptée à l'effort du chien. Il s'agit là, certainement, de l'aspect le plus technique.

    Jusqu'alors, les éleveurs concoctaient des mixtures -souvent extravagantes- dont la composition était jalousement gardée. A défaut d'avoir trouvé la moindre 'potion magique', les maîtres obtiennent aujourd'hui de meilleurs résultats avec les aliments commercialisés à cet effet. Si, depuis l'apparition de ces aliments, les milieux cynophiles ont quelque peu perdu en folklore, les maîtres sont, en tout cas, déchargés d'une contrainte. Ils ont alors tout loisir de développer leur savoir-faire au profit de l'entraînement et du choix des animaux dans lesquels ils vont placer leurs espoirs. Quant aux inconditionnels de la diététique, le grand nombre d'aliments commercialisés pour les chiens d'activité leur donnera toujours matière à découverte. Gageons qu'à l'avenir, une alimentation bien pensée permettra à leur compagnon d'exprimer pleinement ses possibilités physiques.