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Chaque année, des voyageurs attendris ramènent de l'étranger des petites boules de poils sous le manteau. Pourtant, les procédures d'importation existent, faites pour être respectées, au bénéfice de tous: s'en affranchir peut vous coûter la vie ainsi qu'à vos proches. Quelques exemples édifiants vous en convaincront peut-être.
Dans le Lubéron Un chiot sloughi naît à Dori l'été 1995, au nord du Burkina Faso. Il est ramené à la capitale Ouagadougou par un musicien local et séjourne pendant une semaine dans la cuisine d'un hôtel, en contact étroit avec le personnel. Il est ensuite adopté le 23 octobre et présenté le 31 octobre à l'école vétérinaire locale en prévision de son rapatriement en France. Un certificat de bonne santé est rédigé, lequel mentionne que l'animal n'est pas immatriculé, qu'il n'est pas davantage vacciné contre la rage mais qu'il paraît en bonne santé... La maîtresse et son chien prennent ensemble l'avion jusqu'à Alger, ainsi qu'une trentaine de passagers. La correspondance effectuée, le couple s'envole pour Marseille en compagnie de nouveaux passagers. Aucun contrôle n'est effectué en France à la descente d'avion. Le premier jour sur le territoire national se passe à Mimet (13) au contact d'un autre chien et d'un chat. Le trajet se poursuit ensuite jusqu'à Cadenet (Vaucluse), lieu de destination final. Montrant quelques signes anormaux, le chien est présenté à un vétérinaire qui envisage l'hypothèse de rage. L'animal meurt le 8 novembre et le cadavre du chiot est confié à l'Institut Pasteur qui confirme le diagnostic de rage. Au total, dix-sept personnes au contact de l'animal ont été mises sans tarder sous traitement antirabique préventif: la famille au contact du chien, les amis, le vétérinaire et son personnel, le passager de l'avion le plus proche de l'animal. Les animaux rencontrés lors du voyage de retour ont été euthanasiés. L'histoire ne dit pas les mesures prises dans le pays d'origine, lequel a été bien entendu été averti de l'incident.
A Nîmes Le 26 mai 1998, un chien croisé berger allemand & husky est trouvé par une passante, attaché à un piquet en centre ville de Nîmes (Gard), à proximité des arènes. Accompagnée de ses deux enfants et d'une poussette, cette mère de famille s'enquiert du sort de cet animal, le détache et le conduit au cabinet vétérinaire le plus proche. Le personnel accueille le chien, omet de s'enquérir des coordonnées du découvreur et place l'animal au chenil. Au cours de ces manipulations, le chien mord le vétérinaire. Il est ensuite transféré à la fourrière locale le lendemain où il meurt le jour suivant. Les symptômes observés conduisent à faire examiner le cadavre par l'Institut Pasteur qui confirme que le chien était porteur du virus de la rage. Par précaution, les animaux hospitalisés au chenil pendant cet épisode sont retrouvés et euthanasiés, ainsi que ceux qui attendaient en salle d'attente à l'arrivée du chien. Il en va de même des animaux du refuge SPA susceptibles d'avoir été en contact avec le chien. L'ensemble du personnel du cabinet reçoit un traitement antirabique lourd. Rapidement, l'ensemble du département est déclaré atteint de rage par les autorités; chiens, chats et équidés doivent être immatriculés sans délai et vaccinés contre la rage. Les animaux errants sont abattus. Dans le même temps, la presse locale et nationale ainsi que les journaux télévisés sont mis à contribution afin de retrouver au plus tôt la passante (35 ans environ) et ses deux enfants (12 ans et l'autre enfant en poussette), mais sans aucun résultat malgré la battage médiatique orchestré plusieurs semaines durant. Finalement, tous les hôpitaux de l'hexagone sont avertis, sans davantage de succès.
D'Agadir en Gironde, en camping car Un couple de touristes adopte en mars 2001 un chiot adorable trouvé sur une aire de campement à Tarazout, près d'Agadir (Maroc). Ramené frauduleusement en camping-car jusqu'à Langon (Gironde), le chiot montre des signes alarmants le 19 mai suivant. Il est finalement euthanasié le 21 mai et le cadavre examiné à l'Institut Pasteur qui confirme le diagnostic de rage. Cinq personnes ont été traitées préventivement. La commune de Langon a été déclarée infectée de rage pour trois mois, obligeant les propriétaires de chiens, chats et chevaux à les faire immatriculer et vacciner. Les animaux errants sont capturés. Expositions et autres rassemblements sont interdits. L'enquête a révélé que les autres chiots de la même portée ont été adoptés par d'autres touristes français et allemands...
En Seine-Saint-Denis A la rentrée scolaire 2002, un chiot très attendrissant âgé de deux mois et demi est ramené du Maroc en même temps que le virus rabique qu'il héberge. Transporté par bateau puis en voiture jusqu'au domicile à Pierrefitte (93), il a eu l'occasion de mordre plusieurs personnes, a fréquenté chiens et chats avant d'être finalement euthanasié et son corps examiné par l'Institut Pasteur. Les animaux au contact ont été euthanasiés à leur tour et les personnes mordues traitées de toute urgence. Sans délai, la commune de Pierrefitte a été placée pendant 3 mois sous contrôle sanitaire par les autorités préfectorales: vaccination antirabique obligatoire pour les carnivores domestiques, immatriculation obligatoire, capture des animaux errants, annulation des expositions et autres rassemblements etc.
Lorient et la Gironde confrontés à la rage Au cours de l'année 2004, pas moins de 5 chiens importés illégalement par voie terrestre depuis le Maroc sont morts de rage sur le territoire national. Le premier a eu le temps de séjourner dans plusieurs départements du Sud-Ouest (Pyrénées-Atlantiques, Lot, Lot-et-Garonne, Landes) avant de décéder à Pineuilh (Gironde) le 15/05. Quinze personnes en contact avec le chien ont été retrouvées et traitées préventivement contre la rage alors qu'une vingtaine de chiens et chats ont été euthanasiés Le cas le plus spectaculaire est celui d'un jeune touriste revenu du Maroc en juillet avec un chien importé illégalement. Il a ensuite fréquenté plusieurs rassemblements estivaux avec son nouveau compagnon avant que celui-ci ne meure de rage. Le nombre d'animaux et de personnes croisées ayant été au contact avec le chien était cette fois-ci particulièrement élevé. De plus, la mobilité des personnes à cette époque de l'année est très grande et la tâche des autorités s'est compliquée davantage encore lorsqu'elles se sont aperçues que des étrangers avaient croisé la route du chien enragé et de son maître. Cent trente six personnes ont reçu un traitement préventif anti-rabique alors que cinq personnes sont toujours recherchées en octobre 2004. Dans les trois départements concernés par l'alerte, 182.000 doses vaccinales ont été nécessaires pour vacciner chiens et chats, 48 chiens et chats errants ont été capturés. Dans cette affaire, l'ampleur de la contamination potentielle a conduit à solliciter très largement les médias afin de retrouver les personnes susceptibles d'être concernées. D'autres chiens importés dans des circonstances similaires sont morts de rage en France cette année là sans que les circonstances n'imposent de recourir aux médias nationaux.
Une fillette mordue par un chien enragé Parce que des vacanciers de Montestruc (Gers) et leur chien border collie 'Gamin' ont séjourné au Maroc fin 2007, qu'il a divagué sur place, que l'animal vacciné contre la rage n'avait pas subi la prise de sang de vérification, que les autorités frontalières des différents pays traversés par voie terrestre (France, Espagne, Portugal, Maroc) n'ont pas intercepté ce convoi de la mort, ni à l'aller, ni au retour, la rage est revenue sur le territoire national. Au retour, ils ont partagé les souvenirs de vacances chez des amis de Tarbes qui possèdent des chiens: prenant le risque de partager également la rage ! Gamin est mort à Auch le 12 novembre 2007, sans que la rage n'ait été diagnostiquée. Avant de mourir, ce chien globe-trotter aurait contaminé au préalable un chien labrador 'Youpi' vivant à Grandpuis (77). L'animal est décédé le 5 janvier 2008 sans que le diagnostic de rage ne soit établi. Mais, avant de mourir, il a été au contact du public, notamment en empruntant le train Lisieux-Paris du 17/12/2007 à 16h58 ! Sans méconnaître les autres contaminations possibles, il a eu le temps de contaminer la chienne 'Cracotte' vivant dans la même famille à Grandpuis (77). Ses propriétaires ont amené la chienne dans l'école primaire de la commune (100 enfants ont été vaccinés de manière préventive) avant qu'elle ne décède le 19 février 2008. Le diagnostic de rage est alors établi. Mais la chienne avait mordu une fillette à laquelle les soins nécessaires ont bien entendu été prodigués. Reste toutefois à recenser les autres animaux (12 connus à ce jour) ainsi que les personnes (40 identifiées) susceptibles d'avoir été exposés au risque rabique.
D'autres espèces animales concernées Toute espèce animale à sang chaud est susceptible d'héberger le virus de la rage. Ainsi, un commerce illégal de macaques a été découvert entre l'Algérie et la France en 1989. Des magots sont morts de rage à leur arrivée en France dans la région lyonnaise où une cinquantaine de personnes a du recevoir un traitement antirabique préventif. Parmi les animaux susceptibles de transmettre le virus de la rage, les chauve-souris figurent en bonne place. La recommandation de bon sens consiste à ne jamais toucher une chauve-souris. L'approcher est déjà anormal. Il est tout aussi anormal de penser qu'elle est à terre parce qu'elle s'est cognée. En France, seules les autorités locales sont habilitées à les manipuler en respectant les consignes de protection des personnels diffusées par les autorités sanitaires départementales auprès desquelles elles sont d'ailleurs tenues de référer immédiatement.
Les voyageurs peuvent eux-mêmes rapporter la rage en France Régulièrement, des voyageurs sont mordus, léchés ou griffés par un animal porteur du virus de la rage alors qu'ils séjournent à l'étranger. L'OMS évalue à 25.000 le nombre de cas de rage humaine mortelle dans le monde chaque année. Le simple léchage d'une zone cutanée excoriée, une griffure (10% des cas) et bien entendu une morsure (83% des cas) sont susceptibles d'être contaminants. La première précaution est le lavage immédiat, soigneux et prolongé de la plaie au savon avant même de se rendre auprès d'un médecin. La suture des plaies n'est envisagée que si elles concernent le visage; il faut s'en abstenir dans tous les autres cas quitte à envisager une chirurgie réparatrice ultérieure. Toutes les autres affections (tétanos, pasteurellose etc) seront également envisagées simultanément. Un enfant de 3 ans meurt en France en 1996, de retour d'un séjour à Madagascar où il a été mordu par un chien 3 mois auparavant. La même année, un homme de 60 ans meurt de rage après une morsure de chien survenue en Algérie deux mois plus tôt. Un touriste algérien montre des signes suspects alors qu'il est encore sur le bateau le menant à Marseille; il décède à son arrivée sur le territoire national. Il avait été mordu à la main 3 semaines auparavant par son propre chien, lequel est mort le lendemain. Un quatrième cas douteux a été enregistré à Strasbourg la même année. Un jeune homme de 28 ans meurt de rage à Nice en 2001, deux mois après avoir été mordu au Mexique par un chien. Attendris par un chien accidenté au bord de la route, il tente de le secourir et se fait mordre ainsi que sa compagne. Ils poursuivent néanmoins leur séjour pendant un mois et demi avant de s'alarmer des premiers symptômes apparus sur l'un d'entre-eux. Le retour précipité et l'hospitalisation n'ont pas suffi à stopper l'évolution de la maladie qu'aucun traitement ne peut enrayer lorsque les symptômes nerveux sont déclarés. Seul le traitement précoce est de nature à stopper la progression du virus, avant l'apparition des premiers symptômes. S'abstenir de tout contact avec les animaux sauvages ou domestiques des pays visités est une règle intangible défendue par les autorités sanitaires auprès des voyageurs. Des plaquettes d'information sont d'ailleurs diffusées à cet effet aux plus fort des déplacements estivaux, sur certaines destinations à risque majoré. Mais la couverture de cette information n'est toutefois pas suffisante et le bon sens doit alors l'emporter. En cas de morsure, évaluez le niveau sanitaire du pays visité avant d'envisager un traitement anti-rabique sur place. Faites-vous conseiller au besoin par les délégations et représentations consulaires françaises implantées sur place et n'hésitez pas à renter en France pour recevoir des soins adaptés. A cet égard, la France fait figure de référence mondiale, dans la lignée de Pasteur. Un réseau d'Instituts Pasteur émaille d'ailleurs la planète afin d'améliorer la lutte contre les maladies endémiques locales, parmi lesquelles figure la rage. Pour certaines destinations, le voyageur pourra envisager exceptionnellement une vaccination contre la rage en raison d'un risque sanitaire élevé associé à un tissu routier insuffisant pour espérer des soins appropriés et rapides. Dans tous les cas, la vaccination ne dispense pas d'une consultation spécialisée dans les meilleurs délais et d'un traitement antirabique approprié. Renseignez-vous avant de partir en trekking ou autre aventure ethnologique.
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