La PLACE HIERARCHIQUE d'un CHIEN

    Le caractère d'un chien suit, dès ses premiers pas, une tendance principale: dominant, soumis, ou indépendant. Le développement de ce potentiel dépend ensuite des conditions auxquelles il sera confronté. Dans tous les cas, chaque maître (adultes et adolescents de la maison) devra prouver sa capacité à être un leader. Le chien a besoin d'un chef qui saura contrôler ses pulsions s'il est dominant ou indépendant, et le sécuriser s'il est timide ou craintif.

    Le chien dominé par ses maîtres respecte les règles éta­blies par ceux-ci, n'est pas agressif, répond quand on l'appelle, adore obéir... C'est un chien "bien dans ses poils", auquel on peut laisser un maximum de liberté puisqu'il est parfaitement contrôlable.

    En revanche si personne ne s'y oppose, le chien ten­tera souvent de devenir lui-même le chef; et fera régner sa tyrannie sur toute la famille. Les chiens agressifs, bru­taux, incontrôlables, jaloux, capricieux, voleurs, etc... font partie de ceux qui n'ont pas trouvé leur équilibre dans la hiérarchie. Le maître considéré comme "non-­dominant" sera admis comme partenaire de jeux (le chien choisissant les règles), comme dispensateur de nourriture (le chien mendie), de caresses (il veut être traité comme un pacha) et comme esclave de ses exi­gences (qui peuvent aller jusqu'à réveiller son maître en pleine nuit pour une sortie-pipi, changer de menu tous les jours etc.. .). Mais ce maître n'aura pas un statut social assez élevé pour que son avis soit pris en compte et sa volonté suivie: le chien se sent plus apte que lui à prendre des décisions. Lorsqu'on a affaire à un animal dominant, les troubles de comportement peuvent devenir très graves: le chien grogne ou mord si l'on veut lui reprendre un objet, le faire descendre du canapé, le toucher ou le manipuler, il cherche souvent à contrôler les déplace­ments des personnes et même les gestes des maîtres entre eux ou envers les enfants, il interdit aux gens ou aux chiens de s'appro­cher de ses maîtres (hyperprotection).

    L'établissement de la hiérarchie correcte passe par une soumission aux ordres, mais avant tout par une com­préhension très nette de ce qui est permis ou inter­dit, en particulier à l'intérieur de la maison, au niveau de certains éléments auxquels le chien accorde beau­coup d'importance pour définir sa position au sein de la meute:

    LA NOURRITURE: le chien mange après les maîtres, et ne reçoit aucune friandise en dehors de ses repas (le chef mange le premier et ne partage pas).

    LA PLACE DE CHACUN: il n'est pas autorisé, même brièvement, à monter sur les lits; canapés et fauteuils sont également déconseillés (le chef choisit la meilleure place et la défend).

    Ainsi il faut définir dès le départ une ligne de conduite claire et précise et s'y tenir. En contrepartie de ces inter­dictions, on lui attribuera bien sûr une place bien à lui (son tapis ou sa corbeille), des jouets qu'il pourra mordiller et transporter. On permet ainsi au chien de se sentir en sécurité, d'avoir confiance car il connaît les règles du jeu. Il a besoin de points de repère: désta­bilisé par les contradictions et les hésitations, il est ras­suré en revanche par la cohérence et la fermeté.

    C'est pourquoi l'unanimité des membres de la famille au sujet des décisions concernant l'animal et de la manière de les appliquer est un facteur capital. Si tout le monde n'agit pas de la même façon, le chien ne comprendra pas et sera perturbé (par exemple: si l'un permet au chien de faire des choses interdites, si l'un caresse le chien pendant que l'autre le réprimande). Comme pour les enfants, les querelles à propos du chien en sa présence sont très néfastes.

    L'attitude des maîtres est elle-même très significative:

    LA FACON D'INTERDIRE: uniquement pendant que le chien commet la faute. L'interrompre franchement sans gronder ni le menacer. Récompenser s'il y a position de soumission.

    LES JEUX: pas de bagarres, de jeux où l'on excite le "mordant" du chien, où l'on tire chacun de son côté sur un objet; ne pas se laisser sauter dessus ni mor­diller. En revanche il faut le faire participer au maximum à des activités pour lui permettre de se rendre utile.

    LES CARESSES: lorsqu'elles sont "gratuites", pro­longées ou réclamées par le chien, celui-ci se retrouve en position dominante: la plupart doivent être méri­tées par le chien, ce qui le satisfait beaucoup plus et conforte le statut du maître.

    L'application de ces principes permet d'éviter bien des problèmes et d'établir une harmonie bénéfique à chacun.

    Il est vrai que nombreux sont les maîtres qui, au départ, le ressentent comme une privation. Il leur est difficile de renoncer aux distributions de friandises et aux longs câlins sur le canapé. Ils ont l'impression de ne plus pouvoir manifester leur tendresse à leur com­pagnon : alors, à quoi bon avoir un chien ? Ils ont du mal à admettre que leur attitude fait de leur chien un "objet d'affection" passif: sans tenir compte de sa psychologie différente de la nôtre et que c'est surtout leurs propres besoins qu'ils cherchent à combler dans cette relation.

    Et pourtant, s'ils font ces efforts, ils découvriront une qualité de communication infiniment plus riche avec un chien équilibré, confiant et épanoui qui devient un partenaire à part entière.

    Jo FOURNIER www.educanis.com
    paru dans: La Défense de l'Animal. CNSPA. 2009, (62), 4-5